mardi 2 décembre 2014

Bye bye Grange Blanche


Début du congrès du CNGE 2014, présentation de l'atelier « Médias sociaux ».
On cite le blog « GrangeBlanche »...

« Il vient d'arrêter ».
 


Cher Grange Blanche,

Tu as été l'un des premiers que j'ai lu, à l'heure des Enfants Rouges, Shayalone et Kystes ton alter-ego néphrologue devenu Perruche.
Tes posts m'ont fait cesser de craindre la cardiologie, cette spécialité qui me faisait peur depuis le premier cours du premier jour de ma première année de médecine.
J'ai admiré ta liberté de ton, souvent amusé, ta rigueur scientifique, le tout entrecoupé d'un peu de musique et de playmobils.
Je retiendrai en vrac notre fac commune et la photo des profs, le tableau du sel dans les médicaments, un changement de bêta-bloquant, beaucoup de lectures scientifiques, le début de mon apprentissage de l'EBM et de la LCA, l'au-revoir à Lawrence Passmore et la richesse sans cesse renouvelée de ton blog. Et bien sûr, les crevettes d'Hokusai et des cafés place Bellecour, et beaucoup de temps passé à discuter de médecine.

Merci, pour toutes ces années, pour toute ton écriture, pour toutes ces lectures.
Tu as été fondateur dans ma « formation 2.0 ».
Tu parles d'une ironie que j'apprenne la fin de ton blog alors que je co-anime un atelier « 2.0 à la fac ».

Merci, du fond du cœur.

Gélule


jeudi 16 octobre 2014

Ma formation 2.0


Quand j'étais étudiante en 4 ou 5e année, un jour, j'ai noté un truc en cours de cardiologie, une prescription médicamenteuse, que je ne retrouvais pas dans le bouquin en révisant. Et puis il me semblais bien que j'avais lu un truc à propos de ce médicament sur le blog d'un cardiologue, que je lisais sans tout comprendre mais qui m'aidait à mieux cerner mes cours. J'ai envoyé un mail au cardiologue. Qui m'a gentiment répondu avec quelques références biblio sur l'absence de preuve scientifique (et de reco officielle) sur l'usage de ce médicament.Je lis toujours son blog. Il m'apporte toujours autant. Je pense à lui à chaque fois que je traque des comprimés effervescents dans une ordonnance de patient hypertendu.

Quand j'étais étudiante en 5 ou 6e année de médecine, j'avais beaucoup, beaucoup de mal avec la néphrologie. Beaucoup. Et puis j'ai lu le blog d'un néphrologue. Je le lis toujours. Je ne comprends pas tout, mais il sait pointer et expliquer les bases que tout médecin doit avoir. Je pense à lui à chaque fois que je prescris une créat ou quasi.

C'est à la même époque que j'ai commencé à lire le blog des histoires d'une jeune généraliste. Outre le fait qu'elle a conforté, encouragé, peaufiné... ma façon de voir mes études et ma toute jeune pratique, c'est elle qui m'a suggéré de venir sur Twitter (grâce lui en soit mille fois rendue).

Quand j'étais interne, j'étais au courant des nouvelles recommandations / modifications de règles de prescription avant mes collègues, grâce à Twitter. J'y ai trouvé un bouillonnement intellectuel stimulant, et aussi la possibilité d'échanger sur des sujets de santé de façon interprofessionnelle.
Dans la série "j'ai beaucoup appris grâce aux blogs", je mentionnerai aussi celui d'une sage-femme. C'est en lisant ses posts que j'ai réalisé ce que pouvait être, ce qu'était un accouchement physiologique, loin du cours position-gynéco/péri/épisio-parce-que-sinon-ça-déchire que j'avais appris à la fac.

Pendant mon temps de stage recherche aux Etats-Unis, il me fallait d'urgence me former un peu mieux en biostatistiques, et là, miracle, sur Twitter quelqu'un parle d'un MOOC. J'en ai fait un autre par la suite sur les méthodes d'enseignement appliquées aux études de santé. Et puis j'ai eu le temps de découvrir la Twittosphère et la blogosphère américaine, l'existence d'un chat dédié aux question d'enseignement médical, le MedEdChat, et les possibilités de formation sur le web, notamment les ressources #FOAMed.

Du coup, à la faveur d'une discussion avec deux autres Twittas, on s'est dit que vraiment, c'était bien dommage qu'on n'ait pas l'équivalent de ce MedEdChat en français. Parce qu'on aurait plein de choses à discuter, nous aussi. Deux semaines plus tard le #mededfr était créé, et avec l'aide précieuse d'une autre Twitta et de tous les participants, le chat fonctionne plutôt pas mal jusqu'ici.

Là je suis rentrée, je reprends mon travail de médecin, tout en commençant en parallèle un poste d'enseignant-chercheur-débutant à la fac. Je me demande bien comment j'aurais le temps de caser ma formation continue, essentielle à mon métier, mais heureusement pour moi une blogueuse follement géniale a eu l'idée de créer un groupe de pairs en ligne où elle a eu en plus la gentillesse de m'inviter [message de service : je sais je suis à la bourre ce mois-ci... pardon >< ]

Depuis mon externat jusqu'à maintenant, on peut dire, je crois, qu'un peu par hasard, un peu par chance, une partie non négligeable de ma formation s'est faite sous forme 2.0.
Non-négligeable par la proportion et par l'importance que ça a eu et que ça a encore pour moi, aussi.
Ca m'a apporté des connaissances théoriques, des outils pratiques, une ouverture extraordinaire sur les autres professions de santé, un groupe de pairs virtuel (Twitter), un autre groupe de pairs virtuel (celui pour lequel je suis à la bourre), une réflexion sur ma pratique. Entre autres.
Je n'ai raconté ici que des morceaux choisis. Mais il y a eu tellement plus encore. 

Je mesure ma chance. Et j'aimerais bien que tous les étudiants en médecine, en santé, puissent profiter de ça. 

Alors ça tombe bien, il y a plein de gens qui y croient, qui en parlent, et qui se retroussent les manches pour que ça devienne une réalité dans nos facs. En 2e cycle, en DES de médecine générale, et j'en suis sûre, dans plein d'endroits ailleurs.

Je vous propose de lire les posts de 
- Farfadoc, et les épisodes préparatoires 1, 2, 3, 4, 5

lundi 8 septembre 2014

Vous avez le choix!

Un jour, DocteurGécé m'a demandé si je pourrais lui dessiner une affiche, pour expliquer que médecins généralistes, gynécologues et sages-femmes sont tout autant compétents en matière de contraception, suivi de grossesse physiologique et réalisation des frottis de dépistage du cancer du col de l'utérus.
J'ai dit oui tout de suite.

Parce que j'ai déjà reçu des patientes qui ne savaient pas qu'en tant que généraliste je pouvais prescrire leur contraception, et oui c'est une info éventuellement intéressante quand vous allez être en rade de pilule et que le gynéco ne peut vous voir que dans 2 mois.
Donc, je savais qu'un peu d'info ne pouvait pas faire de mal.

Mais surtout, parce que MOI AUSSI malgré mes études de médecine, j'ai longtemps cru que le travail des sages-femmes se limitait à "faire des accouchements". J'ai longtemps cru qu'un généraliste ne pouvait pas poser de DIU ("stérilet"). J'ai longtemps cru qu'il était obligatoire à un moment donné de passer chez un gynéco, quand on est une femme. Grâce à ma formation de jeune généraliste, à mes lectures, aux blogs, j'ai appris, heureusement! Mais, alors que j'étais en plein dans le bain "santé" en tant qu'étudiante, je ne savais pas.
Deuxième raison de penser qu'un peu d'info ne peut pas faire de mal.

Sur une idée originale de DocteurGécé, avec les pertinents conseils de nos consoeurs 10Lunes, Farfadoc, et les critiques non moins pertinentes et constructives d'amis relecteurs, voilà donc ma modeste proposition d'affiche.

Si ça vous dit, vous pouvez l'imprimer et la scotcher dans votre salle d'attente, c'est fait pour.
Pour l'imprimer en A4, c'est ici.
Si vous voulez imprimer en A3 sur votre imprimante A4, la moitié du haut est ici et la moitié du bas .

Et allez donc lire les posts de celles sans qui ce projet n'aurait pas vu le jour : DocteurGécé, 10Lunes et Farfadoc.












samedi 3 mai 2014

Jeudi, 21h, Twitter : et si on parlait d'enseignement en santé?


Depuis 2011 existe sur la Twittosphère-médicale-qui-parle-anglais un chat hebdomadaire pour parler de « medical education », enseignement en médecine : le @Mededchat. Ce chat est organisé et modéré par Ryan Madanick (@RyanmadanickMD), qui est gastro-entérologue et bosse à l'Université de Caroline du Nord.

Je ne sais plus comment je suis tombée dessus, mais j'ai pu participer à plusieurs de leurs discussions, et j'ai trouvé le concept passionnant. C'est Twitter et 2.0, tout le monde peut participer et échanger, profs, étudiants, toutes spécialités médicales confondues. Les échanges sont de ce fait très riches, beaucoup d'idées en sortent, et pour les enseignants et les étudiants l'intérêt me semble évident : beaucoup de ce qui est dit peut être appliqué dans les jours suivants, ou servir pour la suite.

En France l'enseignement de la médecine est en constant mouvement, on parle des ECN, des iECN pour bientôt, des répercussions de ces ECN sur la façon de travailler en fin d'externat. On parle de nouvelles méthodes d'enseignement ou d'apprentissage, comme les MOOCs. Sans parler des thèmes qui ont toujours été là mais sur lesquels il y a toujours à réfléchir, stages, organisation des études, le nombre d'années, l'internat, les cours, le contenu des cours, les différentes spécialités et leur articulation. Et je ne parle que de la médecine puisque ce sont les études que je connais, mais il y a toutes les autres professions de santé.
La façon dont on se forme, dont on nous forme, dont on forme à notre tour, est un déterminant majeur du futur professionnel de santé que l'on sera, que vous serez, que vos étudiants seront.

Tout récemment, suite à une passionnante discussion sur « comment en pratique pourrait-on inclure les patients-experts en cours pour les étudiants en médecine » avec @Bichemkde et @Babeth_auxi, on s'est dit que c'était dommage d'en rester là, que ça ressemblait furieusement aux discussions du @Mededchat, et qu'il y avait quelque chose à créer.

Et donc (tambours et trompettes) le premier chat sur l'enseignement en santé en France, @Mededfr, aura lieu sur Twitter le jeudi 8 mai, à 21 heures.


Le @Mededfr chat en 12 questions :

1.  : sur Twitter.

2. Quel jour, quelle heure : jeudi 8 mai, 21h. (et par la suite, les jeudis, à 21h).

3. Pendant combien de temps : une heure.

4. Comment ça s'organise, pendant cette heure : un thème principal, et un modérateur à suivre sur le compte @Mededfr. Trois grandes questions annoncées au fur et à mesure par le modérateur, environ 20 minutes pour discuter de chaque question.

5. Comment ça marche : comme un tweet-chat. Vous êtes connectés sur Twitter (comme d'habitude) mais pendant une heure vous allez interagir avec les autres participants. Il suffira de suivre la page du hashtag #mededfr pendant cette heure-là.

6. Ça sert à quoi : à partager vos idées et à en trouver de nouvelles, pour votre temps d'apprentissage ou votre temps d'enseignement.

7. Je suis étudiant/SF/IDE/médecin/chir ortho/AS/patient/auxiliaire puer (bisous)/pharma/kiné/orthophoniste/je suis pas dans la liste, je peux participer ? Oui. C'est le principe même de faire un tweet-chat. Tous ceux qui veulent participent.

8. Il y a des règles ? Respecter les consignes du modérateur, accompagner chaque tweet de #mededfr et du numéro de la question (Q1, Q2, Q3), et rester poli (les engueulades se font par DM ou en enlevant le hashtag #mededfr).

9. Je ne suis pas (étudiant en) médecin(e), il n'y aura que des thèmes sur les études de médecine ? Non. Et même quand le thème est sur les études de médecine ça ne vous empêche pas d'avoir un avis ou des idées, et de les partager !

      10. J'ai envie de participer cette première fois, ça veut dire qu'après je serai obligé de participer à chaque fois ? Bien sûr que non.

11. J'ai juste envie de regarder de loin cette première fois, ça veut dire que je ne pourrai pas participer les fois suivantes ? Bien sûr que si.

12. Je peux quitter en cours d'heure ? Oui, à condition de dire au revoir. (cf point 8, « rester poli »).


Tous ceux qui ont des thèmes en lien avec l'enseignement en santé à proposer, allez-y, « toutes les propositions seront étudiées », vous pouvez écrire par mail à mededfr[at]yahoo[point]com ou envoyer des idées tout de suite dans les commentaires.

Pour les thèmes hors AS/médecine/kiné, il serait bien d'avoir un modérateur de la profession en question, donc proposez-vous aussi pour modérer, on vous laisse les clés du compte.


En attendant, à jeudi soir !!






samedi 1 février 2014

"The cider house rules" - John Irving









"The Cider House Rules", de John Irving. Traduction française "L'oeuvre de Dieu, la part du diable"
 
Je renonce à vous faire un résumé du livre, parce qu'il y a tellement dedans que j'ai l'impression de le trahir en essayant de raconter l'histoire en quelques lignes. Alors je vous donne quelques impressions, en vrac, en espérant que ça vous donne envie de le lire malgré tout.


Le Dr Wilbur Larch, accro à l'éther, et les infirmières Nurse Angela et Nurse Edna, qui accueillent les femmes pour avorter (illégalement), ou accoucher d'un enfant non désiré qui sera accueilli à l'orphelinat Saint Cloud's, dans le Maine des années 20.
L'un des orphelins, Homer Wells, qui finit par élire domicile à Saint Cloud's faute de pouvoir être adopté. Sauf peut-être par le Dr Larch, qui en fait son apprenti, et a tant de mal à montrer son affection pour celui qu'il considère comme son fils.
Melony, la non-adoptable du dortoir des filles. Ecorchée vive, violente. Et fidèle envers et contre tout.
La lecture de David Copperfield aux gamins de l'orphelinat, "Princes of Maine, Kings of New England".
La description d'un apprentissage médical, hors cadre facultaire, un maître, un élève.
Le destin tout tracé que le Dr Larch imagine pour Homer. "to be of use".
Puis le départ d'Homer pour travailler dans une pommeraie, la part initiatique du roman, où comment le parcours d'une vie finit par servir de révélateur à ce que laissait entrevoir le début.

Beaucoup d'affection dans ce roman, de l'auteur pour ses personnages, des personnages entre eux. De celle qui se voit au grand jour, de celle qui se cache, de celle qui est tue.
Beaucoup de choses sur la filiation, biologique ou adoptive, connue ou inconnue, reconnue ou cachée, source d'affection ou de violence.

L'un des principaux thèmes, qui occupe toute la première partie du livre et revient ensuite de façon régulière, est celui de la pratique obstétricale et gynécologique, le respect du choix des femmes. Le droit à l'avortement dans de bonnes conditions d'hygiène, sans douleur, et sans jugement. C'est le point de discorde entre le Dr Larch et Homer, qui refuse de pratiquer les avortements (d'où la scène illustrée dans le dessin ci-dessus).
Au travers des échanges entre le Dr Larch et Homer, la réflexion est développée posément, calmement. Avec beaucoup d'évidences, et de respect.
A noter que toute la partie médicale du roman est particulièrement riche et juste, basée sur les livres et les récits du grand-père de John Irving, qui était professeur d'obstétrique à Harvard.
Tout cela fait de "The Cider House Rules" une lecture qui devrait être obligatoire en fac de médecine (mes futurs étudiants n'ont qu'à bien se tenir, ils auront droit à une liste de lecture. Et de films et de séries, je suis pas sectaire).

Et en ces temps où certains clament leur opposition fanatique à l'IVG, c'est une lecture on ne peut plus salutaire.




lundi 13 janvier 2014

This side of Brightness - Colum McCann


   "In his dark nest, high in the tunnel, Treefrog lit a small fire of twigs and newspaper. It was late evening. 
A train rumbled in the distance."

Comme tous les romans de Colum McCann, "This side of Brightness" est l'enchevêtrement de plusieurs histoires, plusieurs vies, plusieurs personnages, qui s'entrecroisent à travers le temps et les lieux. Le livre s'ouvre dans les années 90 sur l'histoire de Treefrog, un SDF qui vit dans un morceau de tunnel désaffecté du métro new-yorkais. Il se poursuit en 1916 avec Walker qui, avec d'autres, risque sa vie en creusant les tunnels du futur métro. Puis le fil de l'histoire fera des boucles dans les années 60 avec Nathan, cette fois-ci près des nuages sur les échafaudages des gratte-ciel, avant de redescendre vertigineusement, vers les sous-sols et la vie de marginal de Treefrog.
Colum McCann écrit des histoires simples, nues, comme l'interprétation de photographies juxtaposées qui donneraient envie d'imaginer la vie de ceux qui y posent. Ses romans sont toujours teintés de tristesse, celle de vies abîmées, malmenées. Et pourtant son écriture et ses histoires sont toujours lumineuses, et ses personnages vous suivent bien longtemps après que vous ayez tourné la dernière page.
De lumière, il est bien question dans "This side of brightness", bien qu'il s'agisse probablement du roman le plus sombre de l'auteur. Sombre car une bonne partie se déroule dans l'obscurité des tunnels du métro. Sombre par la dureté des vies qui sont racontées. Le livre est une juxtaposition permanente de lumière et d'obscurité. Lumières de la ville, obscurité des tunnels. Lumière des vies heureuses, obscurité des blessures et des fantômes. Espoir et oubli.
Un des axes de lecture est également l'évolution de la communauté Afro-Américaine. J'avais encore bien peu lu sur la question quand j'ai lu ce roman-là, je ne développerai donc pas cette fois-ci, mais il me semble respecter l'Histoire et lui faire honneur.

"This side of brightness" - Colum McCann.
Traduction française: "Les saisons de la nuit".

lundi 23 septembre 2013

Pour ne pas être #PrivésDeMG, la preuve par 6







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  1. Je pompe le titre d'un ancien poste, « Les sous c'est pas la solution ».
  2. PTMG = Praticien Territorial de Médecine Générale.  Où vous constaterez d'ailleurs que pour notre ministère de tutelle, « être inscrit à l'Ordre » ça veut dire pareil que « être installé ».
  3. Les commentaires de soutien à Médecine Générale 2.0
  4. Communiqué de presse du Ministère de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche du 16/09/13, « Renforcement de l'attractivité des études de médecine générale »
  5. Communiqué de Presse du Syndicat National des Enseignants de Médecine Générale du 18/09/13, « Muet, aveugle... et sourd » 
  6. Les propositions de #PrivésDeDéserts, « Médecine générale 2.0 » 
  7. Lisez « #PrivésDeMG » chez Hélène Bénardeau de Ikigai de crabahuteuse , et « Chère docteure » chez Beatrix.


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Pour lire l'ensemble des articles, réflexions, soutiens, 

ainsi que l'intégralité des commentaires de 2012, 

rendez-vous sur le blog #PrivésDeMG .

 
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Sur Facebook : Privés de MG 

Sur Twitter, suivez @PrivesDeMG et #PrivésDeMG


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Médecine générale :

dernier arrêt avant le désert


Comment sauver la médecine générale en France et assurer des soins primaires de qualité répartis sur tout le territoire ?


Marisol Touraine présente ce lundi sa Stratégie nationale de santé. Cet évènement constitue l'occasion de nous rappeler à son bon souvenir, rappel motivé par l'extraordinaire enthousiasme qui avait accompagné nos propositions (voir plus bas les 600 commentaires) dont aucune n'a été reprise par la Ministre.

Nos idées sont concrètes et réalistes pour assurer l'avenir de la médecine générale et au-delà, des soins primaires de demain.

Notre objectif est de concilier des soins de qualité, l’éthique de notre profession, et les impératifs budgétaires actuels.

Voici une synthèse de ces propositions.


Sortir du modèle centré sur l’Hôpital


Depuis des décennies, l’exercice de la médecine ambulatoire est marginalisé, privé d’enseignants, coupé des étudiants en médecine. La médecine hospitalière et salariée est devenue une norme pour les étudiants en médecine, conduisant les nouvelles promotions de diplômés à délaisser de plus en plus un exercice ambulatoire qu’ils n’ont jamais (ou si peu) rencontré pendant leurs études.

Cette anomalie explique en grande partie les difficultés actuelles. Si l’hôpital reste le lieu privilégié d’excellence, de recherche et de formation pour les soins hospitaliers, il ne peut revendiquer le monopole de la formation universitaire. La médecine générale, comme la médecine ambulatoire, doivent disposer d’unités de recherche et de formation universitaires spécifiques, là où nos métiers sont pratiqués, c'est-à-dire en ville et non à l’hôpital.

La formation universitaire actuelle, pratiquée quasi-exclusivement à l’hôpital, fabrique logiquement des hospitaliers. Pour sortir de ce cercle vicieux, il nous semble nécessaire de réformer profondément la formation initiale des étudiants en médecine.

Cette réforme aura un double effet :

Rendre ses lettres de noblesse à la médecine « de ville » et attirer les étudiants vers ce mode d’exercice. Nous ne pouvons reprocher aux étudiants en médecine de ne pas choisir une spécialité qu’ils ne connaissent pas.

-  Apporter des effectifs importants de médecins immédiatement opérationnels dans les zones sous-médicalisées.

Il n’est pas question dans ces propositions de mesures coercitives aussi injustes qu’inapplicables contraignant de jeunes médecins à s’installer dans des secteurs déterminés par une tutelle sanitaire.

Toute mesure visant à obliger les jeunes médecins généralistes à s’installer en zone déficitaire aura un effet repoussoir majeur. Elle ne fera qu’accentuer la désaffection pour la médecine générale, poussant les jeunes générations vers des offres salariées (nombreuses), voire vers un exercice à l’étranger.

Une véritable modernisation de la formation des médecins est nécessaire. Il s’agit d’un rattrapage accéléré d’opportunités manquées depuis 50 ans par méconnaissance de la réalité du terrain. Si la réforme Debré de 1958 a créé les CHU (Centres Hospitaliers et Universitaires), elle a négligé la création de pôles universitaires d’excellence, de recherche et de formation en médecine générale. Ces pôles existent dans d’autres pays, réputés pour la qualité et le coût modéré de leur système de soins.

 
Idées-forces


Les principales propositions des médecins généralistes blogueurs sont résumées ci-dessous. Elles sont applicables rapidement.

  • Enseignement de la Médecine Générale par des Médecins Généralistes, dès le début des études médicales

  • Construction par les collectivités locales ou les ARS de 1000 maisons de santé pluridisciplinaires qui deviennent aussi des maisons médicales de garde pour la permanence des soins, en étroite collaboration avec les professionnels de santé locaux.

  • Décentralisation universitaire qui rééquilibre la ville par rapport à l’hôpital :

Ces maisons de santé se voient attribuer un statut universitaire. Elles hébergent des externes, des internes et des chefs de clinique (3000 créations de postes). Elles deviennent des MUSt : Maisons Universitaires de Santé qui constituent l’équivalent du CHU pour la médecine de ville.

  • Attractivité de ces MUSt pour les médecins seniors qui acceptent de s’y installer et d’y enseigner :

Statut d’enseignant universitaire avec rémunération spécifique fondée sur une part salariée majoritaire et une part proportionnelle à l’activité.

  • Création d’un nouveau métier de la santé : “Agent de gestion et d’interfaçage de MUSt” (AGI).

Ces agents polyvalents assurent la gestion de la MUSt, les rapports avec les ARS et l’Université, la facturation des actes et les tiers payants. De façon générale, les AGI gèrent toute l’activité administrative liée à la MUSt et à son activité de soin. Ce métier est distinct de celui de la secrétaire médicale de la MUSt. Les nouveaux postes d’AGI pourraient être pourvus grâce au reclassement des visiteurs médicaux qui le souhaiteraient, après l’interdiction de cette activité. Ces personnels trouveraient là un emploi plus utile et plus prestigieux que leur actuelle activité commerciale. Il s’agirait d’une solution humainement responsable. Il ne s'agit en aucun cas de jeter l'opprobre sur les personnes exerçant cette profession.

  • Les « chèques-emploi médecin »

Une solution innovante complémentaire à la création du métier d’AGI pourrait résider dans la création de « chèques-emploi » financés à parts égales par les médecins volontaires et par les caisses.

Il s’agit d’un moyen de paiement simplifié de prestataires de services (AGI, secrétaires, personnel d’entretien). Il libérerait des tâches administratives les médecins isolés qui y passent un temps considérable, sans les contraindre à se transformer en employeur, statut qui repousse beaucoup de jeunes médecins.



Nos propositions et nos visions de l’avenir de la Médecine Générale, postées simultanément par l'ensemble des 86 participants, sur nos blogs et comptes Twitter, le 23 septembre 2013, sont des idées simples, réalistes et réalisables, et n'induisent pas de surcoût excessif pour les budgets sociaux.

L’ensemble des besoins de financement sur 15 ans ne dépasse pas ceux du Plan Cancer ou du Plan Alzheimer ; il nous semble que la démographie médicale est un objectif sanitaire d’une importance tout à fait comparable à celle de la lutte contre ces deux maladies.

Ce ne sont pas des augmentations d’honoraires que nous demandons, mais des réallocations de moyens et de ressources pour rendre son attractivité à l’exercice libéral.